Thessaloniki, October 2016

La dette de l’ancien Centre pour Réfugiés de Thessalonique

Ces derniers mois, une ancienne dette menace l’Initiative Antiraciste de Thessalonique et le Centre social/Centre pour les Immigrants (Stéki) de Thessalonique. Il s’agit d’une dette de l’ancien Centre pour Réfugiés de Thessalonique de 85.000€ au fournisseur public d’électricité grec (DEI en grec) et d’une dette de 5.000€ à la Ville de Thessalonique. Cette dette pèse sur l’Initiative Antiraciste et Stéki depuis 6 ans lorsque le seul centre pour réfugiés a été menacé de fermeture. À l’époque, on a offert de signer le nouveau contrat d’électricité sous notre nom afin d’éviter que le Centre ferme et que les réfugiés se trouvent sans logement.

Dans ce qui suit, on décrit l’histoire difficile mais intéressante (par rapport aux efforts solidaires) du Centre de Réfugiés et on explique comment on luttera afin de faire face à cette dette.

L’histoire du Centre pour Réfugiés

Pendant des années le Centre pour Réfugiés, situé au coin des rues Siatistis et Filippou, était le seul logement pour réfugiés de la ville. Le Centre, qui hébergeait 14 familles, soit 70 personnes et qui était géré par une ONG. Cette ONG décida de fermer le Centre suite à des problèmes financiers (selon elle) en janvier 2010. L’Initiative Antiraciste de Thessalonique avec le soutien d’autres collectifs et de partis concernés –tel que des syndicats, des associations citoyennes, et des organisations politiques de gauche- et avec la participation active de centaines de personnes, organisa alors un front commun afin de sauver le Centre. Notre but était tout d’abord, d’éviter la fermeture du Centre et de parvenir à le faire fonctionner à tout prix jusqu’à ce qu’une agence publique prenne en charge car on pensait (et on le pense toujours) que c’était la responsabilité de l’état.

Pendant un an et malgré les difficultés de ce nouveau projet, géré par une réunion commune de réfugiés et de personnes solidaires, le Centre fonctionnera parfaitement. Les besoins du Centre, étaient couverts par l’Initiative Antiraciste ainsi que par la solidarité de dizaines de personnes et de collectifs qui travaillaient volontairement,  qui offraient des biens et du soutien financier. On a réussi ainsi de couvrir tous les besoins des habitants étant donné que l’Initiative n’accepte aucun financement.

La plus grande difficulté est apparue en été 2010 lorsque DEI décida de couper l’électricité du Centre- le contrat d’électricité était au nom de l’ONG qui gérait le Centre avant nous. Malgré nos efforts, (on a même apporté un générateur électrique), c’était techniquement impossible de rétablir le courant illégalement. En revanche, ni le Conseil Municipal de Thermi qui est le propriétaire du bâtiment, ni le Conseil Municipal de Thessalonique, ni aucune autre agence publique d’ailleurs, fit quoi que ce soit.

Ainsi, la seule solution afin que les réfugiés ne se retrouvent pas dans la rue, était de prendre les choses en main et de mettre le contrat d’électricité à notre nom. On a donc décidé en commun avec tous les partis concernés, de rétablir le courant au nom de l’Association à but non lucratif « Centre Social de Thessalonique », une Association qu’on avait créé pour les besoins de Stéki (factures, bail de location etc.). Bien entendu, l’Association ci-dessus n’avait aucun lien avec et le bâtiment (l’Association n’étant ni locataire, ni propriétaire) et il n’était pas possible de signer le contrat d’électricité. Cependant, on a réussi de signer le contrat au nom de l’Association après l’intervention politique de l’Initiative Antiraciste et des autres partis concernés, en ayant toujours comme but la survie des réfugiés. Durant cette année d’autogestion (jusqu’en décembre 2010), on payait toutes les factures- y compris les frais d’électricité, en payant un dépôt de garantie de 2000 € et 3.864 € de frais d’électricité.

Mais, faute de parvenir à trouver une agence publique qui s’occuperait du Centre et de ses frais, l’Initiative Antiraciste a dû quitter la gestion du Centre car elle ne pouvait plus- et il ne devait pas non plus- avoir en entier la responsabilité des frais. Le Centre a continué de fonctionner et d’héberger des familles jusqu’en novembre 2014, quand après l’initiative de citoyens solidaires, des appartements ainsi que de l’aide financière ont été offerts. Le bâtiment a alors été évacué et fermé par le propriétaire.

Pendant tout ce temps, du départ de l’Initiative Antiraciste de la gestion du Centre jusqu’à sa fermeture, le Centre a continué d’héberger des dizaines de familles de réfugiés. Le coût de la consommation d’électricité s’est élevé à 80.000 €. Bien évidemment, nous étions au courant du fait que le contrat d’électricité continuait à être à notre nom. Mais nous n’avons pas demandé que l’électricité soit coupée, étant donné qu’il y avait toujours des réfugiés et des enfants qui habitaient au Centre. Selon nous, la seule solution était qu’une agence publique accepte la gestion du Centre et la dette, ce qui apparemment n’a jamais été le cas.

La situation actuelle

Enfin, après l’évacuation définitive du bâtiment, et de la coupure de  l’électricité, DEI a transféré la dette qui s’élève à 80.066,00 € au compteur d’électricité du bâtiment au numéro 23 de la rue Ermou qui est le siège de l’Association à but non lucratif créé pour les besoins de Stéki. À cette dette, 4.220 € de frais municipaux ont été ajoutés. Malgré nos interventions à la direction de DEI, on nous a précisé qu’il est hors de question de l’effacement de la dette. Si on n’accepte pas de payer la dette, Stéki est menacé de coupure immédiate du courant et la dette sera transférée aux personnes qui représentent légalement Stéki. De plus, l’an dernier on a dû payer plus de 5.000 € d’intérêts afin que DEI ne coupe pas le courant de Stéki.

Si on ne paye pas la dette, il est évident que Stéki fermera. Mais la fermeture de Stéki ne signifie pas qu’on sera libérés de cette dette. Par contre, cela signifie la fin de toutes les actions solidaires qui ont lieu à Stéki où avec le soutien de Stéki, comme les cours solidaires pour immigrants et grecs, la cuisine solidaire, la collecte et la distribution de biens et tant d’autres. Sans compter la défaite politique de l’Initiative Antiraciste et des autres mouvements de solidarité.

Devant ces risques, on a été obligés de décider de payer collectivement la dette et de demander un paiement par acompte même si il est évident que cette dette n’est pas le résultat de nos actions, ou d’un manque d’action de notre part. Par contre, il s’agit du résultat d’un besoin collectif de la ville auquel on a répondu sans réfléchir aux conséquences. Comme mentionné auparavant, par principe l’Initiative Antiraciste et le Centre pour les Immigrants (Stéki) n’acceptent aucune aide financière de la part d’institutions publiques ou privées. Nos seuls revenus, ceux qui nous permettent de soutenir les structures de solidarité et nos autres actions, viennent de contributions individuelles, de divers évènements et du fonctionnement de Stéki. Il est évident que sans ressources additionnelles, il est impossible de réussir à payer une dette qui s’élève à une si grande somme. On demande donc à tous les partis qui ont participé ou soutenu le projet du Centre de Réfugiés à partager le poids de cette dette. La dette est bien sûr à notre nom, donc si une organisation veut participer au paiement, ceci est possible que par le biais d’un don à l’Association à but non lucratif « Centre Social de Thessalonique ». On est ainsi obligés pour la première et unique fois d’accepter d’être financés- et d’être en plus financés par des organisations les dons desquelles on aurait jamais accepté auparavant. Toute cette situation est extrêmement désagréable et épuisante pour nous mais malheureusement on n’a aucun choix.

Il est clair que cet argent sera utilisé uniquement pour le paiement de la dette de 80.000 € à DEI. Les dons n’auront aucun rapport ni avec l’Initiative Antiraciste et Stéki, ni leur revenus. Stéki et l’Initiative Antiraciste non seulement ne bénéficieront pas des dons, mais seront aussi obligés de contribuer autant qu’ils peuvent au paiement de la dette en demandant le soutien des gens qui les supportent. La gestion de cet argent aura lieu ouvertement et publiquement. À cette occasion on annonce, que « Solidarité pour Tous » a déjà participé au paiement de la dette en donnant 15.000 €, étant donné que Syriza était en 2010 un des alliés de l’Initiative Antiraciste au sujet du Centre pour Réfugiés. De même, on a demandé de l’argent au Conseil Municipal de Thessalonique, à DEI et à d’autres.
Mais on s’adresse surtout à tout collectif solidaire, à tous nos camarades en Grèce et à l’étranger, en leur demandant de contribuer – chacun en fonction de ses capacités- au paiement de cette dette. C’est la seule façon de réussir à assurer la continuation de Stéki et de ses actions solidaires, ainsi que celle de l’Initiative Antiraciste et de son intervention politique et sociale en vie. Dès la création de l’Initiative il y presque 20 ans, et celle de Stéki il y maintenant 12 ans, on a réussi à surmonter plusieurs difficultés et à survivre. On pense vraiment que ça vaut le coup de lutter encore une fois.

Initiative Antiraciste de Thessalonique
Centre Social/ Centre pour les Immigrants (Stéki)

Quelques mots sur nous

L’Initiative Antiraciste de Thessalonique a été créée en 1998, en tant qu’un espace ouvert pour la coordination des collectifs politiques et sociaux de la ville, contre le racisme. Pendant 19 ans, à travers plusieurs manifestations, évènements et à travers l’annuel « Festival Antiraciste », l’Initiative lutte pour la régularisation des sans-papiers et l’égalité sociale des immigrants, l’ouverture des frontières, le droit d’asile, la coordination de la solidarité active envers chaque minorité marginalisée et oppressée.
L’Initiative Antiraciste de Thessalonique fonctionne par le biais d’une réunion hebdomadaire (chaque mercredi à 21h00) au Centre Social/ Centre pour les Immigrants (Stéki).

Plus d’infos sur antiratsistiki.gr, fb: @antirathess

Le Centre Social/ Centre pour les Immigrants (Stéki) a été ouvert en 2004 après l’initiative de l’Initiative Antiraciste et depuis 2009 se trouve au bâtiment historique qui se situe au numéro 23 de la rue Ermou, au centre de Thessalonique. À part l’Initiative Antiraciste, Stéki héberge aujourd’hui dans ses 3 étages presque 20 collectifs politiques, sociaux, d’immigrants et d’ouvriers ainsi que des groupes de théâtre et de divers groupes culturels. Stéki est aussi l’endroit où plusieurs actions solitaires ont vu le jour, comme des cours gratuits pour immigrants et grecs, la Cuisine Solidaire qui offre chaque weekend un repas et tient compagnie à des centaines de personnes, Room39 qui collecte et distribue des biens à des immigrants et des personnes sans-abri, le Groupe de Support Juridique d’Immigrants et de Réfugiés et tant d’autres initiatives temporaires ou permanentes.

Plus d’infos sur socialcenter.gr , fb: @socialcenterthess